Borderlines : Mieux vous comprendre. L'amour, la dépendance, l'angoisse d'abandon (chapitre 4)

 

 

Besoin insatiable d'amour, angoisse d'abandon, dépendance affective 

 

D'où vient la blessure d'amour ? 

Les parents de borderlines correspondent souvent à des schémas types, ils peuvent correspondre en tout ou en partie et tous les comportements dysfonctionnant ne doivent pas nécessairement être tous représentés dans la famille d'un borderline. Prenez ceci comme indicatif et comme moyen de conscientisation, rappelons-nous que la conscientisation est un passage nécessaire vers la résilience et la libération des souffrances, cependant, les descriptions ci-dessous peuvent réveiller des blessures...

 

  • Un parent invalidant (niant ou critiquant les besoins, désirs, sentiments, émotions, croyances...), souvent agressif, violent, autoritaire, critique, prenant fréquemment le contre-pied...

L'enfant apprend alors que chaque sentiment, émotion, croyance est sans doute faux, illégitime, mauvais, et entraîne de la colère s'il est exprimé. Ainsi, les borderlines ne parviennent pas à comprendre leurs ressentis, ils les nient, en doutent, ne croient pas en leurs intuitions, pensent se tromper tout le temps, se croient nuls, inférieurs, croient que la violence est normale et qu'ils la méritent... Leurs relations d'amour seront imprégnées de ces croyances, les amenant à avoir des relations toxiques, destructrices, violentes...

  • L'autre parent pouvant être distant, absent, dépressif, ou encore indifférent, laissant l'enfant être la victime du parent violent...

L'enfant est alors amené à développer la croyance qu'il ne mérite pas d'attention et l'amour, qu'il ne mérite pas d'être protégé. Il peut garder toute sa vie un sentiment de trahison et d'abandon de ce parent non présent et non démonstratif d'amour ou qui l'a laissé être victime.

  • Des comportements dysfonctionnels explicites ou implicites comme des transgressions intergénérationnelles : incestes (pratique d'abus sexuels de l'adulte sur l'enfant) ou attitudes incestuelles (restant uniquement de l'ordre psychologique ou d'attitudes sans passage à l'acte). Il se peut aussi que de façon inconsciente et plus ou moins invisible, un parent transgresse les rôles en montrant une forme d'amour normalement destinée à un compagnon/compagne, amant/amante.

Les souffrances causées par les incestes sont extrêmes. L'inceste reposant souvent sur le « secret », le parent abusif donne à l'enfant le sentiment d'être responsable ou complice. L'enfant risque de conserver ce sentiment de culpabilité, et donc l'illégitimité de sa grande détresse, voire un sentiment de déloyauté vis-à-vis de l'autre parent.

L'enfant peut aussi avoir un sentiment de satisfaction d'être préféré, aimé, et ce sentiment associé à la conscience de la transgression et d'être victime crée un sentiment de grande culpabilité. Le sentiment d'avoir été instigateur, d'avoir souhaité en son for intérieur, d'avoir même créé la situation par laquelle il est devenu victime.

L'enfant se sentira souillé, sale, indigne, dans tout son être... Tous les niveaux de sa vie émotionnelle et affective resteront gravés par cette souillure.

 

Les attitudes incestuelles (sans passage à l'acte) peuvent avoir les mêmes conséquences que l'abus physique. L'enfant devenu adulte peut douter d'avoir vécu ou non l'abus, mais affectivement et émotionnellement, il conserve les mêmes traces.

Les conséquences chez l'adulte sont évidentes et extrêmes : comportements sexuels dysfonctionnels (nymphomanie, partenaires multiples, expériences violentes), insatiabilité affective, instabilité amoureuse, angoisses d'abus sur ses propres enfants, jalousie et angoisses envers ses propres enfants (sur lesquels la victime projette son vécu et peut les suspecter de séduction envers son partenaire amoureux)...

Tandis que j'écris ceci, je suis extrêmement affectée et touchée, car c'est, pour moi, l'une des parts les plus difficiles à guérir de façon profonde et durable. Cela reste un effort permanent de se purifier de tels vécus !

  • Un parent émettant des « doubles injonctions » : c'est un message à deux demandes contradictoires n'étant pas nécessairement explicites. L'enfant est alors dans l'incapacité de faire un choix qui donnera satisfaction à son parent. Or l'amour de ce parent est conditionné par la satisfaction de la demande.

Exemple : La maman de Luis lui répète souvent de jouer seul, qu'elle a besoin de s'occuper de choses et d'autres. Lorsque Luis joue seul avec ses jouets, sa maman montre qu'elle souffre de solitude en lui disant qu'il est trop loin d'elle et qu'il lui manque... La maman peut alors être dans un chantage affectif exigeant de son enfant qu'il soit dépendant d'elle, mais qu'il ne soit pas « encombrant ». L'enfant devient incapable de construire des repères stables concernant les attitudes à adopter pour être aimé, et apprend à culpabiliser quelque soit son choix.

Les conséquences portent sur la croyance d'être « incapable » d'être aimé, et amènent à répéter des schémas où l'on est l'objet de l'autre.

 

L'importance d'apaiser les blessures d'amour

Tout ce qu'un borderline vit en souffrances est lié à ces blessures d'amour. C'est la source de tout dysfonctionnement émotionnel et affectif, créant les affects liés à la dépendance, à la peur d'abandon, l'angoisse de disparaître, le sentiment de souillure, d'humiliation, le sentiment de n'être pas digne d'être aimé, l'envie de disparaître, l'impossibilité de donner sa confiance, le sentiment de ne pas être à sa place, de ne rien faire de ce qui est attendu, de ne pas pouvoir être apprécié pour ses compétences et actes...

 

Le vide, sentiment de ne jamais être empli de l'amour de l'autre

Vous avez probablement un sentiment d'insatisfaction, un besoin de toujours plus, de jamais assez lorsque vous êtes aimé... Un inlassable, insatiable besoin d'être aimé... Vous avez peut-être l'impression que le vide intérieur laissé en vous absorbe tout amour qui s'en approche, et le nie en même temps...

Ce sentiment est évidemment une conséquence du fait d'avoir ressenti un besoin insatisfait d'être aimé dans l'enfance... Ce besoin reste là, non comblé puisque l'objet du désir d'amour est le parent qui n'a pas satisfait ce besoin. Il ne peut donc être comblé par une autre personne, si ce n'est vous-même.

 

 

Les relations néfastes : les co-dépendants, la violence, le rejet...

Vous vivez peut-être une boucle sans fin, vous entraînant malgré vous dans des relations toxiques, où vous rejouez les vécus de votre enfance : dépendance à l'autre, relations abusives et violentes, expériences de rejet, confrontation à l'indifférence de l'autre, etc.

C'est une façon qu'a votre inconscient de vous protéger. D'une façon bien peu logique pour le conscient. En bref, son interprétation est que la façon dont vous avez été aimé dans l'enfance est la seule façon normale d'être aimé. Or votre enfance a certainement été marquée par un manque d'amour (réel ou ressenti) et par un sentiment de devoir toujours en faire plus, d'accepter des relations dysfonctionnelles, de la violence. L'image de vous qui en résulte est celle d'une personne ne pouvant pas être aimée, indigne, voire mauvaise... Votre inconscient (comme un enfant immature prenant tout au pied de la lettre) a accepté cette image comme juste et la réactualise en permanence.

 

Les bénéfices secondaires

Je souhaite être honnête et franche, adopter un discours clair et sans ambiguïté. Ici, une part de vous pourra avoir le réflexe de nier, cependant, le fait de vous voir bien en face, de vous regarder tel que vous êtes est la seule façon d'avancer et de vous libérer.

Être borderline est extrêmement difficile, lourd à porter et à vivre, mais il faut être conscient de ses « bénéfices secondaires » qui sont des avantages souvent inconscients et indirects. Il y a toujours, dans toute situation douloureuse ou dysfonctionnelle, des bénéfices secondaires, les borderlines ne faisant pas figure d'exception ! Ils peuvent susciter un sentiment de honte ou un refus catégorique de les accepter, mais il est fondamental de les comprendre pour ensuite pouvoir entendre pleinement leurs significations et trouver un lieu de satisfaction en dehors du trouble borderline. Gardez à l'esprit que ce n'est pas jugeable, que c'est tout à fait normal et que c'est une manière qu'a votre inconscient de retrouver une part de contrôle et de bien-être.

Il peut s'agir de nombreuses choses très différentes :

Une attention particulière de l'un de vos proches, une attention que vous auriez aimé recevoir dans votre enfance ? Un confort quel qu'il soit, un accompagnement ? Une allocation financière ? Le fait de pouvoir se plaindre ou d'avoir la certitude qu'on est plus à plaindre qu'un autre ? La fierté du martyre (le fait de considérer que la souffrance est valorisante) ? Avoir une personne dépendante de vous ? Une forme d'infantilisation, de régression ? L'impression de pouvoir se lâcher « puisque de toute façon, je suis malade » ?...

 

Pour vous libérer, il vous faudra choisir de renoncer également à ce bénéfice, et apprendre quels types d'attention vous font réellement du bien, sans vous enfermer dans un rôle d'assisté, de victime et encore moins de bourreau.

 

Des parents faillibles

Vous aussi devrez apprendre à voir vos proches en sortant de votre vécu d'enfance. Vos parents sont faillibles. Leur amour revêt peut-être une forme dysfonctionnelle ou négative. Ils ont probablement dévié leurs propres souffrances sur vous. Un de vos parents a peut-être transgressé les rôles qu'il aurait dû avoir, brisant des tabous et des normes. Vous aurez alors à apprendre les normes de façon positive et bienveillante pour vous-même et à ré-identifier ce qu'est l'amour.

En sortant de ces schémas, vous découvrirez en vous de nouvelles possibilités relationnelles bienveillantes, enrichissantes et harmonieuses.

 

Il est très important de comprendre que vos parents ont été défaillants en amour, et que cela ne vient pas de vous, cela ne vient en aucun cas de ce que vous êtes ! Vous n'avez jamais été responsable de ce mésamour.

Même si vos parents ne le reconnaissent pas, ou ne reconnaissent même pas avoir été mal-aimants. Ils sont eux-mêmes dans un processus d'auto-protection, de défense, car moralement, ils ne peuvent en aucun cas admettre qu'ils n'ont pas été dans la capacité d'aimer leur enfant comme ils le « devraient » ou comme ils l'auraient voulu. Leur volonté était même probablement de « bien faire », d'être de bons parents.

Vous devrez apprendre à voir en eux des adultes ayant des souffrances qui les a empêché d'être suffisamment aimants pour leur enfant que vous êtes.

 

Et, je sais que c'est difficile, vous allez devoir faire le deuil de cet amour venant d'eux, et apprendre à vous le donner vous-même. Je sais que ça semble très cruel, et peut-être êtes-vous totalement scandalisé par mon propos. Mais regardons objectivement : vous avez essayé d'attirer leur attention et leur amour de tant de façons déjà. Vous avez eu de l'attention certainement, mais d'avantage de colère que d'amour et en tout cas, votre manque est toujours là et crie en vous. Croyez-vous que vos parents peuvent combler ce vide ? Comment ? Est-ce qu'ils le peuvent ? Est-ce qu'ils le souhaitent ? Est-ce que cela va diminuer la blessure ?

Ne vaut-il pas mieux reprendre les rennes pour ne plus dépendre de quelque chose d'aussi aléatoire, ou même impossible ?

 

S'aimer soi-même

Le besoin d'être aimé commence par soi-même... D'autant que la ou les personnes dont on recherche réellement l'amour (parent rejetant, parent invalidant ...) ne pourra jamais combler la carence de l'enfance, et est probablement incapable de vous montrer son amour de la façon dont vous en avez besoin... Même en cas de demande de pardon (ce qui est rare) cela ne remplace pas le manque initial, qui reste comme un vide béant, appelant par tous les moyens à être comblé !

 

Vous êtes aimable !

Vous êtes riche à l'intérieur de vous...

Vous pouvez apprendre à vous aimer !

C'est difficile au début, et ça exige de se faire « violence », car ce n'est pas dans vos habitudes d'avoir de la compassion pour vous-même. Vous êtes plus habitué à la honte, à la culpabilité, à la colère, à l'angoisse...

C'est le petit enfant qui est en vous qui vit toutes ces émotions. Ressentez ce petit enfant en souffrance. Prenez-le doucement par la main, ou dans vos bras si vous y arrivez. Parlez-lui tendrement pour le rassurer : « Tout va bien, je suis là... je t'aime... ça va aller... tu as mal, je te comprends... ne t'inquiète pas... tu n'es plus seul ». Faites cette démarche de compassion et d'amour pour votre enfant intérieur aussi souvent que vous le pouvez. Je vous proposerai une vidéo de sophrologie pour entrer en communication avec votre enfant intérieur.

 

 

 

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