Borderlines : entre distanciation et hypersensibilité émotionnelles

Il est fréquent chez les borderlines que les émotions soient difficilement identifiables. C'est tout à fait compréhensible et normal. Mais le travail de libération émotionnelle nécessite la conscientisation des émotions, que faire alors?

 

Tout d'abord, comprenons pourquoi les émotions sont tues, cachées, censurées.

 

Pour une personne souffrant du trouble borderline, les émotions ont été associées à la souffrance. Dans des événements traumatiques, souvent durant l'enfance, le petit enfant doit se protéger de l'extrême, des ressentis de danger imminent, des ressentis d'annihilation de son être, de l'atteinte à son intégrité physique et psychologique.

Dans le cadre de violences, par exemple, le petit enfant va adopter des stratégies de défense afin de se préserver de l'insoutenable sentiment de perte totale de contrôle sur sa propre intégrité. Il est victime. Il se préserve. Il adopte la stratégie de dissociation. Cette dissociation est une mise à distance de ce vécu insoutenable.

 

Plus tard, cette distanciation reste, pour l'inconscient, le meilleur moyen de protéger le Soi, son être, son espace sacré, sa vie... L'inconscient a alors des caractéristiques d'un petit enfant, et alors qu'il est confronté à une situation qu'il assimile à l'événement traumatique, il réagira de la même façon que face à l'événement de base, en ayant très peu évolué son analyse de cet événement. Il confond les situations, et adopte la stratégie qui avait été efficace pour la protection du Soi.

 

Cette protection reste l'évitement. Enrichie de nouvelles réactions comme la colère et l'agressivité car la personne est devenue adulte, capable de revendiquer sa vie, son intégrité, ses limites.

 

La recherche permanente de contrôle de l'environnement est une caractéristique de cet état de détresse constante. Tout peut être assimilé à une atteinte à l'intégrité, et cela crée des réactions de rage, de colère intense et agressive.

Cette colère est donc une protection également, au même titre que la distanciation.

Cette colère est bien souvent impulsive, débordante, imprévisible, et apparaît de façon disproportionnée en regard de la situation objective, et non conscientisée. C'est à dire que l'émotion est encore distanciée, même si elle s'incarne dans un comportement. Le comportement est conscient. La personne sait qu'elle s'énerve, mais ne sait pas pourquoi. Elle sait à quoi répond son énervement, son agressivité : "il n'a pas obéi", "il ne m'a pas respecté", "il m'a rejeté", "elle m'a humiliée"... 

 

Ce qui est dans le domaine de l'inconscient c'est l'émotion elle-même qui peut être analysée comme ceci : "je me suis sentie inexistante, annihilée, cela cause une angoisse terrifiante", "mon sentiment de perte de contrôle éveille une angoisse profonde en moi, comme quand j'ai perdu le contrôle, que j'ai cru ma vie perdue, anéantie", "j'ai besoin de décider pour ma vie, mon environnement pour échapper à mon angoisse d'être agressée, violentée, battue, torturée, violée...", "je réagis pour ne pas être triste pour moi, car ma tristesse me rappellerait la détresse injuste que j'ai vécu enfant", "j'ai trop peur de me confronter à l'humiliation que j'ai vécue enfant, qui a suscité tant de honte en moi, je ne veux plus vivre cette honte", "lorsque je me sens rejeté, c'est comme si je revivais ce mélange d'angoisse et d'humiliation de ne pas être aimable, de ne pas avoir été suffisamment bon pour recevoir l'amour dont j'avais besoin, j'ai tant de tristesse pour moi"...

 

Ainsi, les débordements sont un camouflage permettant de garder le contrôle de soi, ou en tout cas de ne pas rentrer dans ces émotions trop bouleversantes, qui rendent tellement vulnérable.
Cette vulnérabilité est associée au danger. La personne a une angoisse terrible de cette vulnérabilité puisque c'est l'état de l'enfant pour lequel la violence a eut lieu... 

Or tant que l'émotion reste distanciée, que la colère se met en rempart pour protéger la conscience de cette vulnérabilité, tout reste cristalisé, et les comportements restent ceux mis en place par l'inconscient : rage, destruction, colère impulsive, angoisses détournées, impulsivité, haine, sentiment d'injustice... 

 

 

Si vous avez le sentiment que vous pouvez commencer un travail de conscience de vos émotions, si vous sentez que vous avez la force de regarder vos angoisses, il est temps de regarder dans votre colère... De regarder dans vos peurs... De vous regarder avec douceur et bienveillance, pour prendre dans vos bras cet enfant meurtri et encore fragile... 

 

Beau chemin à vous, vers la conscience et la résilience !

N'hésitez pas à lire mes autres articles sur le sujet et à vous faire accompagner par un thérapeute bienveillant et conscient! Le chemin de la libération doit se faire avec une personne libre et consciente! 

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