La haine : entre complaisance et jouissance

 

La haine : grande parmi les grandes, elle offre un sentiment de puissance et d'intensité extrêmes ! Elle n'en est pas moins dévastatrice, violente, et assèche toute humanité sur son passage, telle un feu destructeur... 

 

La haine, un sentiment de colère

 

La colère a de nombreux dérivés très nuancés, tels que la rage, la révolte, l'insoumission, la rivalité, la jalousie, l'agressivité, l'énervement, l'irascibilité, l'amertume, la jalousie, la haine... 

Chacune de ces formes de colère porte un message spécifique et s'adresse à des événements, des personnes différemment, menant à des attitudes diverses...

 

La haine a comme particularités de s'inscrire dans une attitude de rage, une intention de nuisance à autrui, elle s'adresse à quelqu'un de réel ou d'imaginaire (par stigmatisation, généralisation, association...), elle se repose sur un désamour et est plutôt symbolique et irrationnelle. 

 

Ainsi, si certaines colères, comme la révolte, sont un moyen d'accéder à plus de conscience de son propre libre arbitre, la haine provoque une confusion entre l'objet de la colère (une attitude, un acte) et la totalité de la personne à laquelle elle s'adresse, voire y globalise tout un groupe d'individus portant certaines caractéristiques (tous les hommes, les arabes, les homos, les curés...).

 

 

La révolte, une colère saine

 

Il est extrêmement bénéfique de reconnaître ses propres valeurs et son désaccord avec d'autres valeurs ou le viol de ses propres valeurs, via la révolte. Cette dernière permet d'accéder à plus de conscience de soi, de son environnement, des autres, et ainsi à s'individualiser, à se concevoir comme un être humain, entier, et appartenant à l'humanité. Cela offre un point de vue sur soi, par opposition à ce que l'on considère injuste ou violent, et permet d'enrichir son humanité, et de se mettre à jour sur ses propres attitudes. 

 

Par exemple : Si je suis révoltée contre l'attitude du gouvernement et des dirigeants, ainsi que contre le système judiciaire qui ne propose pas de réelle prise en charge du problème collectif des violences faites aux femmes*, des agressions sexuelles et des viols, je me positionne en adulte qui s'oppose à ce qu'elle perçoit comme injustice, j'identifie les responsables, je pose mes propres valeurs : justice sociale, le privé est un problème public, l'intégrité physique et psychologique des personnes est un droit inaliénable... 

En cela je conçois et admets que je suis capable de me positionner contre un acte que je considère être de l'ordre du non respect de l'intégrité et j'en prends la responsabilité morale.

 

Dans ce cas-ci, ce que je juge est l'acte, ou le non acte. Je suis dans l'analyse et je peux trouver des solutions possibles qui permettraient de ne plus être dans un sentiment d'injustice. 

Je ne me confonds pas avec le sentiment, je sais prendre une saine distance, et ressentir une envolée émotionnelle lorsqu'il en est question, mais je reste libre de ce sentiment, qui n'a pas d'emprise sur moi, sur mon être, sur ma vie quotidienne.

 

* Je parle du cas des femmes parce qu'il semble que ce soit un débat de société, mais je pense que le cas des violences faites aux hommes est à considérer dans le même débat et doit avoir les mêmes analyses et conclusions.

 

 

La confusion entre la personne et l'acte

 

Lorsque l'on confond la personne et l'acte, il se joue un jeu émotionnel, mental et relationnel bien différent. On devient l'objet du sentiment, et l'on ne sait plus identifier la source de la colère. Il est impossible de découvrir des solutions, d'améliorer la relation ou la situation, tout l'esprit est concentré sur l'opposition qui en devient presque religieuse, une opposition de principe. On est dans un mode émotionnel très immature et irrationnel, proche de celui de l'enfant qui conçoit ce qui l'entoure comme "tout bon" ou "tout mauvais" clivé en noir et blanc selon qu'il satisfasse ou non ses besoins affectifs, physiques, émotionnels, et son narcissisme.

 

Ce qu'il se produit chez l'enfant, c'est qu'il ne perçoit pas les autres, ses parents plus particulièrement, comme des autres séparés de lui par une existence propre. Il perçoit ses parents comme une sorte de prolongement de lui-même, les objets de son propre développement narcissique. Chaque acte de ses parents est analysé par l'enfant comme un acte répondant à lui-même. Il est totalement auto-centré, égo-centré, car toute sa construction est en cours et qu'il n'a pas la maturité émotionnelle pour percevoir les tenants et aboutissants qui ont construit ses propres parents.

 

Chez l'adulte, ce même mécanisme peut s'opérer. Chez les borderlines, c'est un fonctionnement émotionnel normal car son identité reste clivée, sa construction n'a pas pu se réaliser de façon totalement positive et la blessure narcissique s'est produite à un moment de construction de l'égo, à un moment crucial pour développer le sentiment d'intégrité psychique et physique et le sentiment de sécurité. Ce bouleversement empêche la construction unifiée de l'image de soi. 

Mais cela n'existe pas que chez les borderlines, c'est en effet une attitude à la vie correspondant à de nombreuses personnes vivant une blessure narcissique non résolue.

 

Ne vous jugez pas, si vous ressentez cela, ayez juste un regard bienveillant pour la personne que vous êtes, avec cette fragilité, ce petit enfant blessé... 

 

La haine est un sentiment reposant sur ce clivage "tout bon" / "tout mauvais".

Le sentiment de haine jaillit d'un événement, d'un vécu dont la personne ne peut voir la séparation entre l'acte et la personne. Cela est bien souvent un écho aux profondeurs inconscientes, allant chatouiller ou carrément enfoncer un couteau dans une blessure émotionnelle non cicatrisée. Parfois, lorsque la haine est développée par un effet de masse, il peut s'agir de blessures inscrites dans l'inconscient collectif. 

C'est ce que l'on observe actuellement dans le mouvement #balancetonporc. 

Ce mouvement massif joue avec l'instinct de milliers de femmes ayant été blessées dans leur identité, leur intégrité de femme. Le sentiment collectif, d'appartenance à un groupe social défini, les femmes, donne un sentiment de puissance et de légitimité. Les femmes ayant subi des violences ont besoin de ce sentiment de légitimité, permettant de transcender la honte et la culpabilité, de se libérer du silence. C'est éminemment important et positif, de pouvoir se libérer de cela. Cependant, pas par la haine.

 

La haine ne permet pas de comprendre les événements, la confusion est telle que la victime reste dans le statut de victime car elle atteint une jouissance dans l'effusion de haine. La haine offre effectivement un sentiment de pouvoir et de contrôle, elle offre de trouver un sens à sa souffrance : le bourreau est la cause de l'entièreté de sa souffrance. La personne vivant la haine en fait une obsession, et cette haine devient un leight motiv pour toute analyse de la vie, de ce qui l'entoure... 

La haine des juifs donne à ceux qui la vivent un motif permanent, leur donnant la satisfaction intense d'avoir compris le sens de toute chose. Les féministes ou plutôt les antihommes, elles, analysent la totalité de la réalité sous le prisme de l'opposition entre hommes et femmes, et cela leur confère le même sentiment de jubilation du fait de leur illusion de comprendre l'entièreté de la réalité humaine. 

 

 

Le paradoxe d'un sentiment qui donne l'illusion de contrôle

 

Ce sentiment est pourtant très paradoxal : donnant le sentiment de reprendre du contrôle, du pouvoir, d'appartenance, il est en réalité oppressant et avilissant.

Aucune liberté ne peut émerger de la haine, car elle empêche le mécanisme de libération en privant la personne de son jugement. En voyant les choses sous la forme "tout mauvais", il est impossible de découvrir les enjeux de "l'ennemi", de comprendre ses besoins, ses motivations, et ainsi de pouvoir s'y opposer. Dans la haine, il n'est pas non plus possible de prendre du recul sur soi-même pour s'auto-analyser afin de sortir du sentiment de victime mais de personne responsable. 

Pas responsable d'avoir été victime! Non! Jamais! 

Mais responsable de se voir avec dignité, responsable de se voir capable de se réparer, responsable de le faire, de se mettre en évolution, d'aller vers plus d'amour de soi et de l'autre, de modifier peut-être ses comportements afin de ne plus reproduire le même événement (lorsque c'est évitable)... 

 

Il est bien plus libérateur de se voir comme l'on est en vérité : une personne entière, qui a été victime d'un acte ignoble. 

Dans cette vision, on n'a pas besoin de reprendre le contrôle, on se perçoit encore comme une personne, on continue de voir son intégrité, on est libre de la souillure puisque l'on ne s'y associe pas. 

 

 

Les purges émotionnelles du changement

 

Dans cette période de changements et de grande confusion sémantique, historique, culturelle, affective, dans cette période de changement des mœurs et des repères, de modification des rôles hommes/femmes, de conscientisation des fragilités, des injustices sociales et sociétales, des violences, etc, nous sommes tous amenés à nous positionner de façon bien plus consciente, à faire nos propres choix, bien souvent en opposition à des modèles que nous refusons ou que nous décrions. 

Nous sommes des générations qui avons ce choix, cette capacité à sortir de traditions séculaires, de refuser ce que les générations précédentes considéraient comme la norme, et nous participons à recréer de nouvelles normes, une nouvelle matrice à notre société.

 

C'est très positif, et cela a également pour conséquences de soulever des sentiments très douloureux et violents. Nous parlons plus aisément des injustices, des traumas, des violences... Mais ne savons pas encore quoi en faire... Nous accusons, brimons, revendiquons... Mais vers quoi allons-nous? Quels sont les choix réels que nous avons? Quelles sont nos valeurs?

 

Voilà différents questionnements qui sont en suspens, et qui pourrons être résolus dans l'avenir, lorsque nous aurons purgé ce qui représente actuellement les violences sociales reflétant encore la norme institutionnelle...

 

 

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