De l'impossibilité de ne pas croire : démystification de la croyance, et de la connaissance

 

Qu'est-ce qu'une croyance?

 

Il s'agit, dans la considération courante, d'une idée en décalage avec la réalité. Une idée partagée et construite collectivement, validée individuellement, et en laquelle on dépose sa confiance. Il n'est pas nécessaire de prouver une idée ressortant du domaine de la croyance, elle s'auto renforce au travers du regard que l'on porte sur le monde. Elle est autosuffisante, car elle éclaire la réalité et la réalité semble la confirmer.

 

Les non croyants partent donc du présupposé que la croyance est irrationnelle, puisqu'elle n'a pas pour vocation d'être prouvée et qu'il s'agit d'intimes convictions, ou de convictions culturelles et sociales. L'observation du non croyant repose sur le principe de distance entre croyance et réalité, et préfère l'attitude de connaissance de la réalité.

 

Que distingue croyance et connaissance?

 

La double articulation du langage

Peut-être que l'idée-même de réalité est à observer. Si je peux me permettre, rien ne peut se confondre avec l'objet. La réalité EST. Sans besoin d'observateur ni d'interprétation. Elle est, sans être exprimée. Elle n'est pas l'expression d'elle-même et ne s'y confond pas. 

Prenons un exemple : une chaise. 

Ici, vous avez eu l'idée de chaise, peut-être une représentation visuelle, une idée conceptuelle comprenant une assise et plusieurs pieds, et peut-être un dossier. Peut-être que votre interprétation aura assigné au mot chaise, une matière de bois, des barreaux, ou aurez-vous imaginé une ossature design en métal poli. 

 

Il y a donc le mot, un agencement de lettres, associé à des sons. Et l'idée à laquelle le mot renvoie, qui est d'une part, reçue, collective, répondant à une définition, à des conceptions collectives, et d'autre part, individuelle, personnelle, une image particulière construite selon le vécu, les connaissances précédentes.

C'est ce que l'on appelle la 'double articulation' du langage : le mot et le concept.

 

Les fonctions cognitives

Il y a également les fonctions cognitives, le niveau cérébral. Je ne m'y attarderai pas car cela n'est ni mon sujet ni ma compétence. Mais souvenons nous que les informations qui deviendront des connaissances sont d'abord des perceptions (sens) traités, filtrés, interprétés, évalués par le cerveau avant de laisser une trace des informations traitées au niveau synaptique après de multiples répétitions d'une même information. Ce traitement est produit en fonction des autres connexions synaptiques déjà présentes.

Ceci explique que toute nouvelle information traitée et approuvée doit être une information considérée comme plausible, attestée, attendue par la fonction cognitive. On ne valide pas d'informations qui ne cheminent pas par d'autres connexions. Le chemin doit préexister. 

 

L'argumentation
J'ai souvent remarqué, lorsque j'étais militante, que l'on ne convainc pas les gens. Ils sont déjà convaincus ou ne le sont pas du tout, mais on ne crée pas de décharge électrique amenant la personne à admettre une autre vérité que la sienne tout de go.

Lorsqu'une personne change d'avis, c'est que son chemin était déjà en cours, ou que l'on prend le temps de créer ce chemin mental. Une nouvelle programmation prend du temps, ou passe par des connexions synaptiques préexistantes. C'est de cette façon qu'opèrent certains manipulateurs, ainsi que certaines logiques d'argumentation faussant le raisonnement. L'idée est de proposer pour vraie une affirmation dont une partie est déjà admise comme vraie par l'interlocuteur, et d'y joindre une vérité créée.

Ce fut le cas dans le cadre du nazisme pour associer la judaïté à l'argent (partie correspondant à une logique historique, car les juifs, contrairement aux chrétiens, pouvaient faire fructifier l'argent et prêter), et donc à l'avidité (il est facile d'associer l'argent à l'enrichissement et à l'avidité). Cette nouvelle affirmation, basée sur une illusion de sens (judaïté = avidité, grâce au truchement de l'idée d'argent) donna à l'histoire les répercussions que l'on connaît. 

 

Il serait naïf de penser que ce type de manipulations argumentatives ne soit que du ressort de pouvoirs dictatoriaux. Il en va ainsi de très nombreux intervenants médiatiques, culturels, idéologiques que l'on a habitude d'écouter, auxquels nous donnons quotidiennement du crédit.

Ce crédit que nous donnons me semble relever de la croyance. 

 

Les valeurs

Les valeurs morales sont également un des filtres que nous appliquons à la perception que nous avons de la réalité. Notre réaction face au spectacle de la nature en est un exemple flagrant. Un chat ramenant une souris "fièrement", ne nous semble-t-il pas cruel? Ou ce lion qui dévore une gazelle, la laissant agoniser sous ses crocs... Nous avons en permanence une interprétation de la réalité.

Or ces valeurs ne sont pas universelles et certainement pas naturelles. Elles sont une construction sociale et culturelle. 

 

Par exemple, je suis d'un milieu social, d'un pays, qui permet économiquement de vivre du chômage, et dans certains milieux que je fréquente, le fait de ne pas travailler n'est pas problématique car les activités artistiques, culturelles, éducatives sont considérées comme plus épanouissantes. Ce prisme de pensée a teinté ma conception du monde et de la réalité, m'amenant à privilégier l'humain, l'épanouissement, et cela me conduit également à écrire ce que je suis en train d'écrire. Cette vision de la réalité est plutôt peu commune actuellement. Si je me réfère à la nature, l'humain naturel doit pécher, chasser, cueillir, travailler la terre s'il est sédentaire, fabriquer ses outils, se protéger en construisant, et il crée. Les référents du système capitaliste sont tout autres, l'argent permet d'acheter des objets ou un confort de vie, cet argent doit être gagné par le travail ou par des stratégies financières. Il y a donc une valeur de mérite très présente. Cette valeur de mérite teinte énormément les rapports que nous avons au monde. Comment verrons-nous ce clochard en rue? "Il le mérite"? Ou "le pauvre, il a du tout perdre"? Ou "il a fait un choix de liberté"? Ce point de vue sur la réalité est en permanence teinté de jugements, de conceptions, de croyances émanant de notre vécu ou de ce que l'on considère précédemment comme juste et vrai.

 

A quel moment pouvons-nous regarder la réalité sans la maintenir dans le sarclage de nos conceptions et croyances? 

 

Pour se rapprocher de la réalité, il est nécessaire de prendre conscience de cette impossibilité de réellement la connaître. Nous pouvons alors prendre du recul sur nos certitudes, nos conceptions paralysantes qui forcent et plient la réalité à nos propres limitations de pensées. En multipliant nos points de vue, nous permettons à notre esprit d'élargir ses conceptions, de les enrichir de diverses nouvelles possibilités, et laissons alors à la réalité de s'exprimer de façon plus complète... Jusqu'à ce que notre pensée juge et interprète à nouveau. 

 

Il est nécessaire pour penser, d'articuler les idées et de sélectionner. Il est donc impossible d'être totalement dans la connaissance de cette réalité. Gardons cela à l'esprit, et retrouvons de l'humilité!

 

 

La méditation, et certaines attitudes d'émerveillement, spirituelles ou scientifiques permettent de se dégager de ce que l'on sait, de nos interprétations, de notre conscience, et ainsi de n'être plus qu'un témoin du réel pour un instant!

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