Hauts Potentiels : "Syndrome de l'imposteur" et peur de la différence

 

Chez les HP, une angoisse toute particulière se tapit... Elle entraîne dans son sillage la honte d'être soi, la honte d'être remarqué, et la peur terrifiante de n'être pas cette personne que l'on croit être.

 

Pour de nombreux zèbres (HP), la découverte de leur haut potentiel agit comme une révélation, une libération, la permission d'exister! La permission d'être différents! Cela offre ce contenant qui faisait tant défaut, ce mot permettant de prendre forme, de se dilater dans une zone sécurisante, de se voir tel que l'on est, et se définir... Enfin! Alors que jusque là, il n'y avait que flous, incompréhensions, surprises ou stupeurs. 

Le soulagement de pouvoir se définir est encore, à ce stade, très intime... 

Mais un jour, la question se pose de partager cette découverte avec d'autres... Et c'est là, dans la mise au monde de cet intime espace, de ce soulagement explosif, que la confrontation fait son lit... Tout ce mouvement analytique du zèbre se concentre autour de cette mise au monde. Que dire? Sont-ils capables de comprendre? Verront-ils en moi un monstre de prétention ou un monstre les mettant en danger?

 

L'angoisse de la différence

La différence est-elle réellement problématique? Oui (et non)... Dans tout groupe social, vit dans l'inconscient collectif, une idée de la norme. La norme étant, pour chaque caractéristique, celle qui apparaît sous la forme la plus courante chez le plus grand nombre de membres du groupe. C'est évidemment très difficile à quantifier lorsqu'il s'agit de concepts abstraits tels que la gentillesse, l'ouverture à l'autre, l'écoute ou la bienveillance. Cependant, les comportements, disséqués par notre inconscient, peuvent être analysés de façon très précise (temps de réponse, degré d'éloignement de la réponse par rapport à la question, réponses "normales" par rapport à des questions "normales", distance optimale pour montrer de la sympathie, distance optimale pour montrer de la réserve, ton de voix, volume, débit, mouvements saccadés ou lents... ). Ces comportements normés et propre à chaque groupe (tradition religieuse, situation géographique, ethnie, groupe de potes, voisinage, étudiants d'une même classe ou d'une même fraternité, groupe professionnel...) sont soigneusement mimés. Ce mime permet la reconnaissance de chaque membre du groupe, et garantit son intégration au groupe, démontre son désir de lui appartenir. 

Le conformisme n'est pas que négatif. Il permet à chaque membre du groupe de se sentir en sécurité et entre semblables, entre pairs, défendant et partageant les mêmes valeurs, intérêts ou objectifs. Il permet également de se définir soi-même via l'effet miroir : "Je lui ressemble parce que j'appartiens à ce groupe, et il a des caractéristiques qui me montrent qui je suis, comment j'apparais, ce que je transparais. Je me reconnais en lui, et cela me rassure".

 

Chez le zèbre, le mime ne s'opère pas de la même façon. Son hyper analyse court-circuite le mime inconscient. Cette analyse de tout et la recherche du sens en toute chose entraîne une remise en question de nombreuses normes, de ce qui est transmis par voie d'autorité ou de dogme. Le zèbre s'interroge : "Pourquoi demander ça-va-il-fait-beau-aujourd'hui-comment-vont-les-enfants? alors que l'on pourrait parler de la place du beau ?". Au fil de ses apprentissages, le HP intégrera plus ou moins les rituels sociaux, qu'il aura tendance à juger superficiels ou forcés, manquant de sens, de sincérité, voire carrément absurdes.

 

Il est parfaitement conscient de cette difficulté à apparaître "normal" aux yeux des autres. Il sent le décalage en permanence, et quelques fois, ça lui est reproché ou ça lui vaut d'être mis à l'écart. Les enfants HP sont régulièrement marginalisés, investissant énormément d'énergie dans la recherche de la normalisation afin d'être acceptés... Ils commettent des maladresses... Ou se font remarquer par leur intelligence si peu banale... De très nombreux zèbres sont traumatisés par cette marginalisation subie.

 

Le jour où ils comprennent enfin que ce qu'ils ont vécu avait un sens, tant de sens derrière ces deux lettres... Ils découvrent que ce qui pourrait montrer au monde ce qui a entraîné cette marginalisation est aussi un potentiel merveilleux, une source de connaissances, des capacités intellectuelles puissantes, des particularités, des richesses... Et effroi... C'est une fois de plus une mise à jour de cette différence, qui cette fois-ci est franche... Car si HP il y a, non HP aussi! Et l'image conservée de l'enfant rejetant (bourreau) de son enfance, représente justement le non-HP! 

 

Cet immense soulagement qu'est le mot et la définition de soi devient un fardeau de honte : la différence est consommée, les bourreaux d'hier peuvent s'emparer à nouveau de cette différence et à nouveau me mettre au ban, ou au pilori!

 

 

Banalité exigée!

Je remarque régulièrement une chose étonnante : on aime le banal, le normal, ce qui nous ressemble et ne fait pas trop de vagues. Ho, nous aimons tous les grands écrivains, les artistes qui réussissent ("stars"), les génies... Mais ils sont totalement abstractisés! Peut-être que les imaginer acheter du pain serait une démystification terrible... On les préfère en fantasme, en photos dans des magazines, en citations désincarnées... 

Dès qu'une personne sort de l'ordinaire, a réalisé une chose extra-ordinaire, a publié, a réussi musicalement, a monté une boîte qui engrange des millions... On est juste incrédule : c'est impossible! 

Les HP souffrent également, d'une moindre intensité somme toute, de cette incrédulité, apparaissant comme un rejet. Cette réaction, le plus souvent affichée par un regard désinvolte ou suspicieux, balayé par une phrase placide, une désapprobation ou la plus plate indifférence désavouante! Faire un coming out est très éprouvant, décevant, à plouf!

Toute l'intensité de cette révélation, la magnifique complexité du fonctionnement du zèbre, la joie de se rencontrer, de se comprendre enfin... Balayées par ce regard nonchalant, cette incrédulité du banal!

 

 

Différence entre se sentir différent et le voir dans le regard extérieur

Tant qu'un HP se sent différent, il peut continuer de mettre son énergie dans le fait de diminuer ses différences, ou de chercher l'acceptation... Il peut aussi faire comme si personne n'avait rien vu, ou considérer que ça passe plus ou moins inaperçu. 

Du moment que l'on exprime sa différence, le feedback de l'autre officialise, réalise cette différence. Au moment où le mot est lâché, il y a comme un point de non retour : ça ne pourra plus être gommé ou nié... Ce moment est un moment clé dans la vie d'un HP, et il est important de savoir ce que cela implique : s'exposer au regard indifférent, jugeant, jaloux, ou bienveillant, soutenant et positif... Il est important de connaître son interlocuteur, et remettre en lui une réelle confiance... Ou d'accepter que se produise l'imprévu de la réaction.

 

 

Peur de paraître prétentieux, suffisant, orgueilleux

Des sept pêchers capitaux... L'orgueil est peut-être celui qui a conservé le plus de sa superbe originelle! Ou, du moins, l'orgueil mal placé!

C'est ici que toute la honte et la peur de se montrer comme étant "plus intelligent" que la normale grève le désir de rayonner... La plupart des HP ne se vivent pas comme supérieurs, au contraire. Ils se sentent inadaptés, rejetés, en difficultés sociales, professionnelles, affectives. Or, le terme-même de Haut Potentiel tendrait à montrer qu'il pourrait y avoir des 'Bas Potentiels'? Il marque en tout cas une notion de hauteur, et a priori, un jugement sur une certaine supériorité. Supériorité de l'intelligence, mesurée par QI... Ho la la! Il n'en faut pas plus pour angoisser un HP qui a besoin de justifier son rapport à l'autre, de l'analyser... Se présenter comme supérieur? N'est-ce pas là un affront, une offense à l'intelligence de l'autre? Cet autre qui en plus a le pouvoir de me rejeter et de me rappeler ma différence?

Pour de nombreux HP, la discussion intérieure se conclue par un non lieu : ne pas exprimer sa différence n'est peut-être pas une garantie d'intégration, mais c'est encore un moyen de conserver la relation sans sembler offensant ou supérieur.

 

 

Crise de doute

Chez les HP, le fait même de cette intelligence multidirectionnelle, arborescente, analytique entraîne un scan permanent de tout objet de réflexion. Ce scan donnant plusieurs possibilités, plusieurs interprétations possibles en toute chose, entraîne le doute... La question... Et aussi la non réponse quelques fois.

Le doute, ou le soupçon, c'est ce qui permet d'observer, de rencontrer, d'appréhender le possible et le non possible, le réel et l'irréel, la matière et l'immatière, le concret et l'abstrait... 

Et comme tout créatif, le regard posé sur sa création, en l'occurence sa pensée, le HP se met en abîme et ... doute...

Doute de la réalité de sa pensée, de la réalité de sa pertinence, de la justesse de son analyse... Il doute de ce qu'il est... Il doute de ce qui le relie aux caractéristiques des HP... Il doute que les indices soient trompeurs, que ce soit trop flou, trop abstrait pour pouvoir y correspondre vraiment, totalement... 

Comment affirmer quelque chose de si improbable que l'abstraction de ces deux mots : Haut Potentiel... 

Ou pire encore, un jugement moral censurant : "qui suis-je pour prétendre à cette intelligence?"

 

 

Que faire de tout cela?

Accepter de douter parce que cela fait partie de la personnalité d'un HP...

Accepter de trouver des réponses fiables, de voir dans ses actions concrètes et dans sa pensée les caractéristiques attestant de sa personnalité, de son rapport au monde, de son intelligence arborescente et de son désir d'appréhender la réalité dans toute sa profondeur...

Accepter la différence en la dédramatisant : une fois la surprise passée, les autres reviennent le plus souvent à la relation normale...

Accepter que tout dans la vie a des aspects plus grands et plus petits, des forces et faiblesses, des hauts et des bas... On peut reconnaître en soi des forces et des faiblesses... Sans jugement.

Sur base de cette compréhension, de cette conscience, il est possible de reposer sa communication, de façon saine, non jugeante, non stigmatisante, ni pour soi ni pour l'autre... Et trouver en l'autre une personne capable d'entendre et de comprendre ce que représente la complexité du vécu du HP...

Éprouver la conviction que la différence est enrichissante, dans ce qu'elle offre de complémentarités, et en sortant de l'idée de concurrence ou de rôles conflictuels. 

Comprendre que la reconnaissance de soi est à l'opposé de l'orgueil... Elle est juste "voir" et "accepter"... 

Continuer d'éprouver du plaisir à se rencontrer, à se comprendre, et trouver des moyens ou des personnes avec qui le communiquer...

Se laisser rayonner et être soi, dans sa plus belle potentialité...

Se concentrer d'avantage sur ce que l'on peut offrir aux autres dans les relations que sur ce qu'ils peuvent penser, croire, imaginer, interpréter...

Partager, partager, partager!

...

 

Belle Lumière à vous! 

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